Pourquoi les français roulent au diesel ?

En attendant que les infrastructures se développent pour aider le passage à l’électrique ou à l’hybride, les automobilistes choisissent traditionnellement d’équiper leurs véhicules de moteurs essence ou diesel. Depuis quelque temps, il est clairement évoqué le fait que les moteurs diesel sont plus polluants et plus nocifs que les moteurs essence. Selon le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), les particules fines émises par le diesel sont cancérigènes et développent certaines maladies et allergies.

Pourtant, plus de 71% du parc automobile français roule au diesel, alors que cette proportion était de moins de 10% il y a 30 ans. La France est d’ailleurs championne dans ce domaine. A titre de comparaison, le diesel est très peu utilisé, car fortement taxé, en Suisse et Danemark par exemple, et il est même interdit au Japon. De nombreuses raisons poussent les français à rouler majoritairement au diesel, mais, malgré toutes les critiques, il ne faut pas oublier les évolutions faites et en cours pour l’amélioration des moteurs diesel.

Le diesel, plus économique que l’essence

Si tout le monde est concerné par les aspects écologiques et sanitaires, les arguments économiques l’emportent. Nous avons évoqué plus de 71% des français qui roulent au diesel, il faut également préciser que le parc automobile des entreprises françaises s’équipe à plus de 96% de véhicules diesels !

parc automobile français

Inutile d’aller chercher bien loin les raisons. Certes, les véhicules diesel sont vendus plus cher que les véhicules essence, mais le coût global d’utilisation est moins élevé. Le prix du gazole est 15 % inférieur à celui de l’essence, et un moteur diesel consomme jusqu’à 25 % de moins qu’un moteur essence de même puissance. En sachant que les dépenses de carburant représentent 15 % du coût total d’utilisation d’un véhicule professionnel, la messe est dite.

Également en LLD (location longue durée), les loyers sont calculés par rapport à la valeur de reprise du véhicule à l’issue du contrat. Un véhicule essence se revend aujourd’hui moins bien qu’un véhicule diesel, c’est un fait, et la valeur de reprise en location longue durée s’en ressent. Bien qu’un véhicule diesel coûte plus cher à l’achat qu’un véhicule essence, ses loyers en LLD seront bien souvent plus intéressants.

Une fiscalité automobile favorable au diesel

En optant pour le diesel, les automobilistes diminuent la fiscalité de leurs véhicules. C’est en effet un paradoxe, le bonus-malus écologique encourage clairement à acheter diesel plutôt qu’essence !  Le bonus-malus écologique est calculé par rapport au taux d’émission de CO2 des véhicules, qui est plus faible sur un véhicule diesel, alors qu’il est plutôt considéré comme plus polluant par le biais d’oxydes d’azote et autres gaz à effet de serre.

Les entreprises sont également encouragées à rouler au diesel par le biais de différents dispositifs fiscaux. La TVS (taxe sur les véhicules de société) est clairement plus faible pour les véhicules diesel, car, comme le bonus-malus, elle est calculée par rapport au taux d’émission de CO2. La nouvelle taxe qui fait son apparition en janvier 2014 favorise les véhicules essence, mais les montants sont très faibles (20 €/an pour un véhicule neuf essence contre 40 € pour un véhicule neuf diesel), et seront très loin de compenser les différences de TVS. Enfin dernier point pour illustrer la différence, les entreprises récupèrent la totalité de la TVA sur les factures de gazole (A 100% sur les véhicules utilitaires, et à 80% sur les véhicules particuliers) alors que la TVA n’est pas récupérable sur les factures d’essence.

Fiscalité diesel

Depuis les années 1990, les mesures fiscales ont toujours été en faveur du diesel, et le coût du carburant reste inférieur pour les véhicules diesel. Mais il faut également préciser que des progrès sont entamés pour améliorer les moteurs diesel et également pour réduire les écarts de coûts entre essence et diesel. Selon le comité pour la fiscalité écologique, la différence essence-diesel est aujourd’hui de 17,9 centimes d’euro par litre. L’objectif du projet Contribution Climat Énergie est de réduire progressivement l’écart, pour arriver à un centime seulement entre 2015 et 2016.

De nombreuses améliorations grâce aux efforts des constructeurs

Il faut prendre beaucoup de précautions en ce qui concerne les choses dites sur le diesel et ses dangers. Le diesel a certes été très nocif avant les années 2000, mais de nombreuses améliorations ont été apportées. L’apparition du filtre à particules en 2000 a été une grande avancée, qui a permis une nette diminution de la pollution du diesel. Cocorico, c’est PSA qui fut le premier à équiper ses véhicules diesel de filtres à particules sur sa Peugeot 607. Aux dires du constructeur, aucune particule nocive ne sort du pot d’échappement. Depuis 1993, les émissions d’oxydes d’azote ont été réduites de 69 % sur les moteurs diesel, grâce aux efforts des constructeurs. En septembre 2014 viendra la norme diesel EURO 6, qui permettra de réduire encore davantage l’émission d’oxydes d’azote et autres polluants.

diesel Euro6

De plus, la généralisation des démarrages Stop & Start (le moteur s’arrête automatiquement lorsque la voiture est à l’arrêt et redémarre lorsque l’on relâche la pédale de frein) ne va faire qu’améliorer la qualité de l’air, et apporte une réponse aux problèmes de pollution en ville. Pari réussi, car les véhicules bénéficiant du Stop & Start représentent le tiers des ventes aux entreprises, et contribuent grandement à la diminution de la pollution des véhicules, en plus d’assurer une baisse de la consommation pour les utilisateurs.

Grâce à toutes ces améliorations, le taux d’émission de CO2 du marché automobile français est passé de 152g/km en 2005, à 125 g/km en 2012. Cette tendance à la baisse se poursuit encore cette année.

Depuis environ 30 ans, les automobilistes français ont été incités à rouler au diesel, par de multiples mesures fiscales, et un coût qui reste plus intéressant en station-service. Bien que décrié, le diesel a fait de nombreux progrès grâce aux efforts des constructeurs. Le premier Ministre Jean-Marc Ayrault a fixé pour objectif des véhicules ne consommant que 2 l/100 km en 2022. Est-ce utopique, ou est-ce réaliste ? Peugeot et Renault pensent que c’est possible, notamment en économisant sur le poids des véhicules. Selon certaines études, un véhicule allégé de 100 kg économisera 5 g/km de CO2. Bref, les ingénieurs travaillent sur le sujet, ne doutons pas des améliorations encore à venir sur le long terme.